Monsieur Gayant – Origines Fictives ou Réelles

Jean Gelon

Selon la légende locale, à la fin du IXe siècle, les habitants de la ville du bord de Scarpe, inquiets des attaques barbares, vinrent demander au sire de Cantin, Jehan Gelon, de venir les aider si la ville était attaquée. L’homme, connu pour sa force herculéenne et sa bonté, accepta, leur conseilla de se réfugier dans la tour et de l’attendre en cas d’attaque. Lorsque la ville fut assiégée par les Normands, Jehan Gelon, accompagné de ses trois fils, arriva miraculeusement dans la ville (il avoue plus tard aux Douaisiens qu’un tunnel reliait la tour à son château), et entreprit la contre-attaque. Son courage et sa détermination mirent en déroute les assaillants qui, en partant, détruisirent son château et y massacrèrent les femmes. Jehan et ses fils décidèrent d’aller guerroyer au loin pour tenter d’oublier la perte de leurs compagnes. Il mourut selon la légende près de Bavay. Mais les Douaisiens en souvenir de ses actes firent d’un géant le symbole de la ville.

De nombreux historiens rejettent la légende de Jean Gelon et préfèrent y voir un hommage de la ville à Saint Maurand. Il existe deux histoires appuyant cette hypothèse qui ont pour point commun l’apparition de Saint Maurand en songe afin d’empêcher la prise de la ville par les Français. La plus couramment admise est la suivante : « En 1479, les Français menaçaient la ville de Douai alors bourguignonne. Au petit matin du 16 juin 1479, jour de la Saint Maurand, les troupes françaises essayèrent de pénétrer dans la ville par la Porte d’Arras, le portier donna l’alarme et sauva ainsi la ville. Le portier déclara que le saint homme l’avait prévenu en rêve ; les reliques du saint entreposées à la Collégiale Saint-Amé furent alors promenées dans la ville. »

Le Géant, son frère Maloré et Morant

Un épisode de La Belle Hélène de Constantinople, une célébre chanson de geste du XIVe siècle au succès populaire prolongé, se passe entre Douai et Cantin. Morant aidé d’une armée assiège sans effet la tour du Géant, un vassal félon et païen situé à Douai. Cette tour est reliée par un souterrain à Cantin, où siège le géant Maloré, frère du géant de Douai. Morant décide de prendre la tour de Cantin, plus vulnérable que la forteresse du Géant. Ce dernier se précipite à Cantin pour aider son frère. Mais Morant prend les murailles, tue le Géant et libère Douai et Cantin des païens.

Jean Wauquelin mit cette chanson de geste en prose pour le duc de Bourgogne Philippe le Bon en 1448.

Le chevalier de Lumière

La troisième histoire se déroule alors que la procession du géant est déjà installée, l’identification au Saint serait postérieure au géant : « En 1556, Saint Maurand apparut en songe au gardien de l’église de Saint-Amé et lui ordonna de sonner les matines. Les habitants réveillés en sursaut s’armèrent et allèrent aux remparts où ils virent un « chevalier de Lumière » lutter seul contre les troupes de Gaspard de Coligny qui assiégeaient la ville. Cette apparition du chevalier de lumière fut reconnue comme celle de Saint Maurand et depuis « le gigantesque mannequin d’osier prit alors la forme et les traits du chevalier de Lumière. »

L’enfant sauvage

Au XIXe siècle, plusieurs récits sous forme de contes ou de pièces de théâtre prennent Gayant comme personnage et réinventent son histoire. « L’intrépide Gayant », un des « Contes du roi Cambrinus » écrit par Charles Deulin reste le plus connu de nos jours : le géant de Douai devient un enfant sauvage élevé par une ourse qui le prend pour l’un des siens en raison de sa carrure et de sa force proche de celle des ours. Un bûcheron le recueille, l’élève et l’enfant devenu adulte accomplit de nombreux exploits grâce à sa taille, sa force et son intelligence.

Extraits tirés du « Guide de Flandre et Artois mystérieux » et « Géants d’hier et d’aujourd’hui ».

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